08 février 2008
"Le scaphandre et le papillon"
Film franco-américain de Julian Schnabel. Sortie au Québec en Décembre 2007.
Un brutal accident vasculaire cérébral fait basculer la vie de Jean Dominique Baudy dans le silence de la tétraplégie. Chronique d’un mort annoncée penserait-on. Et pourtant…
Récit autobiographique d’un homme en quête de survie, avec lutte et acharnement, et sans qui les choses ne seraient finalement que ce qu’elles sont.
Quand l’arbre s’attache à la pirogue et que l’envie de voyage retient son souffle, ne reste-il finalement qu’un mouvement sourd et immobile ? Prisonnier de son propre corps, comment faire sortir ce qui vous fige désormais à l’intérieur ?
Nous faisant part de ses maux avec ses propres mots, « l’homme vivant du sarcophage » nous offre dans un ultime combat choisit, l’émotion bouleversante de celui qui déchire, pli après pli, l’enveloppe de chaire qui l’a trahit, pour laisser échapper hors de son lit le dernier souffle d’une vie qu’il avait pourtant déjà si bien remplit. Écrire pour être en vie, encore et toujours, pour dire qu’on existe.
Peut être surtout, et avant tout, pour ne pas déjà se laisser mourir…
Un récit qui nous installe de manière singulière, au masculin solitaire pour une caméra subjective, presque cognitive, et immergée dans l’intériorité même du personnage. « Je n’est pas un autre » mais bien plutôt « je suis, spectateur, dans le corps de l’autre » pour vivre dés le générique, la terrible expérience de celui qui se découvre immobile et muet, cloué dans le cercueil de son lit d’hôpital, face au regard de l’autre qui guette, inquiet et fébrile, un mouvement, un signe de vie.
De longues minutes passées à voir défiler médecins et assistants qui posent un diagnostic froid et sans équivoque alors qu’ils se savent parfaitement entendus.
Le film début à peine, et déjà notre camps est choisi. Nous serons aux côtés de celui qui souffre de n’être plus entendu.
Âme sensible surtout ne pas s’abstenir. Une émotion pure et terrifiante nous envahit. Lâchons prise et laissons nous faire, ce n’est pas de nous qu’il s’agit, mais de l’autre auquel pourtant on s’identifie et auquel on voudrait souvent ressembler. Ironie du sort qui nous pousse à vouloir être de cette trempe d’homme là qui jamais ne renonce, qui jamais ne se laisse aller au désespoir. La tentation évidente de celui qui pourrait pourtant si facilement renoncer à tout.
L’idée simplement magnifique d’un récit pas à pas, jour après jour, mots après maux, ou l’image en mouvement nous emporte aux côtés du protagoniste, avec lui et en lui. Toujours. Point de misérabilisme ni même de voyeurisme. Au contraire, de l’humour, des sarcasmes, de la poésie. L’histoire d’un homme qui nous faire vivre et ressentir chaque moment de cette nouvelle vie, prisonnière et pourtant si intense.
Le personnage découvre, surpris et parfois amusé, la « paralysie » relative de celui qui voudrait l’aider mais ne sait pas trop comment s’y prendre, de celui qui toujours se demande si vous l’entendez, si vous l’écoutez, presque inquiet de n’avoir, pour entendre ce qu’il aurait à vous dire, aucun public.
Serait-ce « entend-il ? » devenu « M’entend-il ? » puis encore « m’écoute il vraiment ? » comme pour mieux rassurer l’anxiété grandissante de celui qui constate, impuissant, qu’il ne peut rien faire et que par conséquent il n’est pas grand-chose….Le face à face de deux mondes isolés qui ne peuvent plus communiquer.
Le film se concentre toujours sur ce qui est essentiel : Nous donner à ressentir ce que Jean Dominique ressent devant chaque petit moment de sa nouvelle vie et nous montrer le courage immense de la lutte pour l’accessoire (en apparence) devenu essentiel, à savoir écrire un livre. Forcément on admire et l’on se dit que dans une telle situation peut être n’aurait t’on pas ce courage là….Renvoyé à notre propre conception de ce qui compte vraiment nous doutons…
Henri Béraud voulait « qu’on juge entièrement un homme sur sa façon de braver la mort ». Jean Dominique Beaudy nous donne ici à vivre sa définition de la vie, de sa vie, immense et intense, nous offrant la métamorphose du papillon à rebours : Naitre papillon pour finalement mourir chenille.
06 décembre 2006
On va faire comme si j'étais déprimé
Début Décembre, c'est déjà l'hiver.
Quelques moments saupoudrés de blanc pour une fesse qui glisse sur l'escalier. Même pas envie de rire, personne pour regarder. J'en ai pour 5 mois, 150 jours de froid et probablement de gris aussi. J'imagine à cet instant : Sur le mur de ma prison je raye une colonne de jours en signe d'évasion. La neige s’installe avec ses tracas quotidien et ses promesses d’évasion des fins de semaines. Je ne sais pas quoi écrire, il ne se passe rien. Il ne m'arrive plus rien d'autre que du quotidien. Je n'ai pas de désir, ou plutôt trop peu pour avoir le goût de partager, de raconter, d'expliquer, de présenter, d'imaginer encore, bref simplement d'écrire. Non, juste rien, une journée de plus, ou plutôt de moins.
Je n'ai pas d'idée. Comme dans un tunnel je garde mon cap, la main posée sur le volant, immobile, le regard porté devant, fixe, presque inquiet de ne voir surgir très vite la lueur blanche venant de l'horizon. Je scrute la sortie.
Avec la fin d'année qui approche, ce n'est plus très loin. J'ai fait le plus dur, le plus long. Bientôt je plongerai mes lèvres dans les bulles, puis lèverai la main haut devant moi pour me célébrer, pour nous souhaiter le meilleur de l'année nouvelle qui commencera. Naturellement, tout reste à écrire. Plutôt, tout reste à vivre. Encore. Toujours. Heureusement. J'aime entendre murmurer à l'intérieur que le meilleur reste à venir. Immanquablement, quand le présent retient son souffle et que le passé s'est évanouie, il ne reste évidement que l'avenir. A venir.
15 décembre 2005
J'ai fait un rêve
J’ai fais un rêve…en maillot à carreaux rayés, au bout du monde je me faisais bronzer.
Depuis quelques jours l’hiver s’installe et heureusement je n’ai pas encore le cul gelé. Je sens bien la neige sur mon corps tiède qui tente une vicieuse petite perçée.
J’ai, comme il le faut, acheté une paire de bottes stylées, mais déjà le froid me saisit la nouille presque miniaturisée….
J’ai décidé de planquer ma tête de parisien expatrié entre deux épaules molles, rondes, et même pas trop carrées….
Quand donc le facteur vent hyper vitaminé va il cesser de gifler ma gueule de petit gars tétanisé ?
Copain, je te prend par la main, ferme les yeux et imagine…..
Lundi matin, 7h45. Température extérieure – 17°….air sec et gelé.
Habillé dans mon costume de paillettes je me précipite vers ma belle bagnole pourrie….je glisse sur une saloperie de plaque de glace….le cul morfle, je garde le sourire, tout va bien, la journée ne fait que commencer. Rapidement, je sors ma pelle et le balai spécial louzeur du froid de mon coffre et commence à gratter comme un taré mon pare brise….putain, ça part pas…La glace reste collée…Impossible de démarrer comme ça…je ne verrai rien. Entre temps mes pieds, enfoncés de 20 cm dans de la saloperie de poudre commence à sentir l’humidité ! Ca fait 5 à peine minutes que je suis dehors et déjà je suis trempé.
Sourire, photo, regard de merlan congelé aux voitures qui passent à toute vitesse devant moi, immobile.
Je recommence à gratter, frapper, cogner, later ce putain de pare brise qui va finir tôt ou tard par succomber…..Enfin la glace laisse place à un halo de vitre à peu près propre. Je laisse tomber l’option de « nettoyer » le reste de la bagnoble…trop long. J’ai mal au bras.
Je rentre, -16° dans la caisse….en apnée je met la clé de contact et miracle le moteur obéit immédiatement. Dans 10 minutes il fera 0°, je pourrai enfin respirer……
C’est épouvantable….l’hiver j’aime ça.